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Échelle des décibels : à partir de quand le bruit devient dangereux

2 novembre 20268 min de lecturePar la rédaction

Casque audio, bouchons d’oreilles en mousse et coquillage posés sur une table devant une fenêtre ouverte

Un sonomètre affiche 80, une enceinte monte à 100, et l’écart paraît faible : vingt petits points. Il ne l’est pas, car l’échelle des décibels ne se lit pas comme une règle graduée. Elle se comprime à mesure qu’on monte, si bien que quelques décibels de plus changent beaucoup de choses pour l’oreille. Entre le bruit d’une conversation et celui d’une salle de concert, le rapport de puissance se chiffre en milliers, et c’est ce rapport qui décide du risque.

En bref

  • Le bruit devient dangereux à partir de 80 dB(A) pour une journée de travail de 8 heures selon l’INRS, le seuil de danger étant fixé à 85 dB(A) pour 8 heures dans l’exposition du ministère de la Santé ; plus le niveau monte, plus la durée tolérable chute.
  • Une hausse de 3 dB double la quantité de bruit reçue : deux sources de 80 dB produisent 83 dB, et non 160.
  • Au travail, trois seuils s’appliquent : 80 dB(A) (première action de prévention), 85 dB(A) (programme de réduction du bruit) et 87 dB(A) (valeur limite, protection comprise).
  • Une application de téléphone donne un ordre de grandeur, jamais une mesure fiable : des téléphones différents ont présenté une erreur d’environ 10 dB(A) par rapport à un sonomètre.

Qu’est-ce qu’un décibel, et pourquoi l’échelle n’est-elle pas linéaire ?

Le décibel (dB) est l’unité qui mesure le niveau d’un bruit, et son échelle est logarithmique : les niveaux ne s’additionnent pas comme des longueurs. Le zéro, soit 0 dB, correspond au seuil de l’audition humaine, et un écart de 1 dB est le plus petit que l’oreille sache détecter.

Chaque fois que le niveau augmente de 3 dB, la quantité de bruit reçue passe du simple au double. L’INRS en donne l’illustration : si une machine produit 80 dB(A), deux machines identiques en produisent 83, trois 85, quatre 86, cinq 87 et dix 90. Arrêter l’une de deux machines identiques ne fait donc baisser le niveau que de 3 dB(A). Autre repère : passer de 40 à 50 décibels multiplie la puissance sonore par 10.

Le « (A) » de dB(A) désigne une pondération qui tient compte de la sensibilité réelle de l’oreille, moins sensible aux sons très graves et très aigus à faible niveau. Pour les bruits brefs et violents (chocs, détonations), on utilise le dB(C). Une variation de 3 dB est identifiable à l’oreille, mais il faut environ 10 dB de plus pour une impression franche de changement.

Quels niveaux sonores de la vie courante correspondent à quels décibels ?

Une conversation normale se situe autour de 50 dB(A), le bruit le plus faible qu’une oreille perçoive à 0 dB(A) et le seuil de douleur à 120 dB(A), selon l’INRS. Entre les deux, le tableau suivant regroupe les repères publiés par l’INRS, le ministère de la Santé et le centre d’information sur le bruit.

NiveauRepère
0 dB(A)Seuil d’audibilité, bruit le plus faible qu’une oreille perçoit
50 dB(A)Niveau habituel de conversation
Moins de 70 dBUne conversation normale reste possible à 1 mètre
Plus de 80 dBIl faut élever la voix à 1 mètre
Plus de 90 dBIl faut crier pour se faire comprendre
Plus de 105 dBToute compréhension devient impossible
102 dB(A)Plafond fixé aux lieux musicaux par le décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 (il était de 105 dB(A) auparavant)
120 dB(A)Bruit provoquant une sensation douloureuse

La règle de la voix est un moyen simple d’évaluer un lieu sans appareil : si vous devez crier pour vous faire entendre d’une personne située à un mètre, le niveau dépasse 90 dB. Le seuil de douleur est plus élevé que le seuil de danger, et c’est pourquoi l’absence de douleur ne prouve rien.

À partir de quel niveau le bruit est-il dangereux, et pendant combien de temps ?

Le danger dépend à la fois du niveau et de la durée : le seuil de nocivité est de 80 dB(A) pour une exposition de 8 heures par jour d’après l’INRS, et le seuil de danger de 85 dB(A) dans l’exposition du ministère de la Santé. L’écart entre ces deux chiffres tient à la manière de classer : 80 dB(A) est un niveau préoccupant, 85 dB(A) celui à partir duquel l’oreille commence à souffrir sans qu’on le sache.

Plus le niveau monte, plus la durée tolérable chute vite. Pour une exposition quotidienne, les durées maximales sont les suivantes.

NiveauDurée maximale tolérable par jour
85 dB8 heures
88 dB4 heures
100 dBUn quart d’heure
105 dB5 minutes

Ce tableau applique la règle des 3 dB : de 85 à 88 dB, le niveau double en énergie et la durée est divisée par deux. Au-delà de 120 dB(A), toute exposition, même de quelques secondes, est dangereuse. D’autres facteurs aggravent le risque : un son aigu est plus dangereux qu’un son grave, un son pur plus traumatisant qu’un son complexe, un bruit soudain et imprévisible plus nocif qu’un bruit continu. L’âge, la vulnérabilité personnelle et certains médicaments comptent aussi.

Les cellules ciliées de la cochlée, qui transforment les vibrations en influx nerveux, ne se régénèrent pas. Elles se détériorent avec l’âge ou lorsqu’elles sont exposées à des niveaux sonores trop élevés, d’où le caractère irréversible d’une surdité due au bruit.

Quels sont les seuils de bruit au travail fixés par le code du travail ?

Le code du travail retient trois valeurs d’exposition quotidienne sur 8 heures : 80 dB(A), 85 dB(A) et 87 dB(A), complétées par des niveaux de crête pour les bruits très brefs.

SeuilExposition moyenne (8 h)Niveau de crêteConséquences
Valeur d’action inférieure80 dB(A)135 dB(C)Protecteurs mis à disposition, information et formation, examen audiométrique préventif sur demande
Valeur d’action supérieure85 dB(A)137 dB(C)Programme de réduction du bruit, signalisation des zones, contrôle du port des protecteurs
Valeur limite d’exposition87 dB(A)140 dB(C)Mesures de réduction immédiates ; ce seuil tient compte de l’atténuation des protecteurs portés

Ces règles figurent aux articles R. 4431-1 et suivants du code du travail. Elles s’appliquent aux salariés, pas à vos loisirs, mais elles servent de repère : si vos soirées ou votre atelier de bricolage dépassent 85 dB(A) de façon répétée, vous vous placez au-dessus du niveau que la loi traite comme dangereux au travail.

Peut-on mesurer les décibels avec une application de téléphone ?

Une application de téléphone donne seulement un ordre de grandeur, car les microphones intégrés ne sont pas conçus pour mesurer précisément un niveau sonore. Une expérience menée avec 13 téléphones et une application de mesure du bruit a relevé une erreur systématique d’environ 10 dB(A) et une dispersion de 5,1 dB(A) par rapport à un sonomètre de référence.

Avec ce niveau d’écart, un téléphone peut afficher 85 dB là où il y en a 95, ou l’inverse. Pour savoir si un lieu est dangereux, la règle de la voix décrite plus haut est plus sûre qu’un chiffre mal calibré. Pour une évaluation au travail, il faut un sonomètre ou un exposimètre, utilisé selon des méthodes précises.

Comment se protéger quand le niveau sonore est trop élevé ?

La première protection est de réduire l’exposition : s’éloigner de la source, baisser le volume, faire des pauses. En concert ou en discothèque, il est conseillé de s’éloigner des enceintes et de s’accorder une pause de 10 minutes toutes les 45 minutes, ou de 30 minutes toutes les 2 heures.

  1. Baissez le volume, plutôt que de le monter pour couvrir un bruit ambiant (transports en commun, par exemple).
  2. Portez une protection auditive dès que la conversation à un mètre exige de crier : des bouchons en mousse réduisent le son jusqu’à 10 dB, des bouchons moulés sur mesure jusqu’à 30 dB.
  3. Gardez la protection pendant toute l’exposition : ne pas la porter pendant 5 minutes sur 8 heures d’exposition réduit son efficacité de 10 dB.
  4. Pour les casques, voyez l’article sur le casque anti-bruit, qui explique la norme EN 352 et l’indice SNR.

Parlez-en à votre médecin traitant ou à un ORL si, après une exposition au bruit, vous gardez des bourdonnements, des sifflements ou une baisse d’audition. L’INRS les décrit comme des signes d’alerte, possibles annonciateurs d’une souffrance de la cochlée ; pour les sifflements persistants, voir l’article sur l’acouphène.

Questions fréquentes

Quelle différence entre dB, dB(A) et dB(C) ?

Le dB est l’unité brute du niveau sonore. Le dB(A) y ajoute une pondération qui reproduit la sensibilité de l’oreille aux niveaux courants, et sert à exprimer le niveau d’exposition quotidienne. Le dB(C) sert aux niveaux de crête, c’est-à-dire aux bruits brefs et violents comme un choc ou une détonation.

Si le bruit ne fait pas mal, est-il sans danger ?

Non. Le seuil de douleur (120 dB(A)) est bien plus haut que le seuil de danger (85 dB(A)). La surdité professionnelle évolue sans que l’on s’en aperçoive, et lorsque les troubles deviennent perceptibles, l’audition est déjà très altérée de manière irréversible.

À quel volume peut-on écouter de la musique au casque ?

Au-delà d’une heure par jour à 95 dB, il existe un risque d’endommager l’audition. La limite de puissance maximale de sortie des baladeurs, fixée à 100 dB SPL, s’applique aux appareils vendus depuis septembre 1998, mais des écouteurs de remplacement peuvent la dépasser.

Un bruit très court peut-il abîmer l’oreille ?

Oui, si son niveau est très élevé. Au-delà de 120 dB(A), toute exposition, même de quelques secondes, est dangereuse. Au travail, la valeur limite de crête est de 140 dB(C).

Pourquoi a-t-on les oreilles comme remplies de coton après un concert ?

C’est la fatigue auditive, une baisse de sensibilité temporaire de l’ordre de 5 à 10 dB. Elle constitue un signal d’alarme : si ces épisodes se répètent trop souvent, les troubles risquent de devenir définitifs. Une sensation persistante d’oreille bouchée mérite un avis médical.

Sources

Sources consultées le 24 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • INRS, « Bruit au travail. Définitions », rubrique Risques, 26 octobre 2022. Adresse : https://www.inrs.fr/risques/bruit/definitions.html
  • INRS, « Bruit au travail. Réglementation », rubrique Risques, 9 janvier 2025. Adresse : https://www.inrs.fr/risques/bruit/reglementation.html
  • INRS, « Moins fort le bruit », dépliant ED 6020. Adresse : https://www.inrs.fr/dam/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6020.pdf
  • Ministère de la Santé et CidB, exposition « Préservez dès maintenant votre audition », bruit.fr. Adresse : https://www.bruit.fr/images/stories/pdf/exposition_encore_plus_fort.pdf
  • CidB, « Le bruit en milieu de travail », fiche, bruit.fr. Adresse : https://www.bruit.fr/images/stories/pdf/fiche_bruit_milieu_travail.pdf
  • CidB, « Au-delà des effets sur l’audition, le bruit… », guide bruit et santé, 2017. Adresse : https://www.bruit.fr/images/stories/pdf/guide-bruit-sante-cidb-2017.pdf
  • Lycée Alcide d’Orbigny et CidB, « Mesure des environnements sonores : évaluation d’une méthode alternative de calibration des applications sonométriques pour smartphones », écho bruit, 2019. Adresse : https://www.bruit.fr/images/2020/Publi_STL_EchoBruit_2019_V6.pdf

Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un ORL ou d’un audioprothésiste. En cas d’urgence : le 15 ou le 112 (le 114 par SMS, visio ou tchat).

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