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Acouphène : d’où viennent ces bruits dans l’oreille

25 octobre 20267 min de lecturePar la rédaction

Casque audio, bouchons en mousse et coquillage posés sur une table près d’une fenêtre ouverte

Un sifflement, un bourdonnement ou un grésillement que personne d’autre n’entend, surtout le soir quand la maison se tait : l’acouphène intrigue autant qu’il inquiète. Cette perception sonore n’a pourtant rien d’imaginaire, et elle n’est pas rare chez l’adulte. Elle prend des formes différentes, a des origines multiples et, dans une part importante des cas, aucune cause identifiable. Savoir ce que les autorités de santé en connaissent aide à situer sa propre gêne et à repérer le moment où un avis médical s’impose.

En bref

  • Un acouphène naît le plus souvent d’un dysfonctionnement du système auditif, très souvent associé à une perte d’audition (environ 80 % des cas selon l’Inserm) ; le bruit excessif et l’âge sont les facteurs de risque les plus cités, et dans environ 40 % des cas aucune cause n’est retrouvée.
  • L’acouphène est un symptôme, pas une maladie : c’est un son perçu sans source extérieure, le plus souvent subjectif, plus rarement objectif, parfois au rythme du pouls.
  • Un acouphène d’une seule oreille, pulsatile, récent ou accompagné de vertiges, d’une baisse brutale de l’audition ou de signes neurologiques justifie de joindre rapidement un médecin.
  • Aucun médicament ni complément n’a fait la preuve d’un effet spécifique ; les recommandations françaises misent surtout sur la thérapie cognitivo-comportementale et, en cas de surdité associée, sur une aide auditive.

Qu’est-ce qu’un acouphène exactement ?

Un acouphène est la perception d’un son, comme un sifflement, un bourdonnement ou un chuintement, en l’absence de toute source sonore extérieure. Il peut toucher une oreille ou les deux, être continu ou intermittent, passager ou durable.

On parle d’acouphène aigu lorsqu’il est récent et présent plusieurs heures par jour, et de chronique lorsqu’il dure depuis plus de trois mois. Les recommandations publiées par la HAS en juillet 2026 pour les adultes retiennent un seuil de six mois pour parler d’acouphène persistant, et réservent le terme « invalidant » aux cas où la détresse altère la qualité de vie ou l’état de santé. Un acouphène peut donc être persistant sans être invalidant : beaucoup de personnes s’en accommodent.

C’est un symptôme et non une maladie à part entière. Il se remarque davantage dans le calme, notamment au moment de l’endormissement, ce qui explique que la gêne soit souvent plus forte la nuit.

Quelles sont les formes d’acouphène : subjectif, objectif, pulsatile ?

On distingue deux grandes familles : l’acouphène subjectif, de loin le plus fréquent, que seule la personne entend, et l’acouphène objectif, rare, qui correspond à un bruit réel produit près de l’oreille. L’acouphène pulsatile appartient en général à cette seconde famille.

FormeCe que c’estOrigine évoquée
SubjectifSon perçu par la seule personne concernéeActivité anormale le long des voies auditives, de l’oreille interne au cortex
ObjectifBruit réel, parfois audible par le médecin à l’auscultationStructures voisines de l’oreille, notamment les vaisseaux sanguins ou des spasmes musculaires
PulsatileBruit qui suit le rythme du cœurCirculation sanguine turbulente : anémie, athérosclérose ou hypertension mal contrôlée figurent parmi les causes décrites

Cette distinction compte pour le bilan : un acouphène pulsatile fait l’objet d’une exploration vasculaire par imagerie, alors que pour un acouphène neurosensoriel bilatéral et symétrique, l’imagerie n’est pas recommandée.

D’où viennent les acouphènes : quelles causes connues ?

La cause la plus fréquente est une atteinte de l’oreille interne : des cellules sensorielles lésées émettent des signaux parasites. Le cerveau réagit ensuite à cette perte de signal, ce qui fait entendre un son que rien n’a produit.

Cause ou facteurCe que l’on sait
Perte d’auditionAssociée aux acouphènes dans environ 80 % des cas
Bruit excessifConcert, boîte de nuit, explosion ; le bruit professionnel représente environ un quart des cas
ÂgeVieillissement des structures de l’oreille, ou presbyacousie
Bouchon de cérumen, corps étranger, otiteObstruction du conduit auditif ou infection de l’oreille moyenne
Médicaments toxiques pour l’oreilleL’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens à forte dose ou au long cours sont cités
Maladie de l’oreille interne ou de l’oreille moyenneMaladie de Ménière, otospongiose (dégénérescence des osselets)
CirculationHypertension artérielle, insuffisance circulatoire dans certaines artères du cou

Dans environ 40 % des cas, la cause reste indéterminée. Si l’acouphène s’accompagne d’une sensation d’oreille fermée, le bouchon de cérumen figure parmi les causes à écarter ; la question est détaillée dans l’article sur l’oreille bouchée.

Combien de personnes sont concernées en France ?

Entre 10 et 19 % des adultes français déclarent des acouphènes, d’après la HAS, qui précise que la fréquence augmente nettement avec l’âge et atteint 31,4 % entre 60 et 69 ans. L’Inserm retient pour sa part environ 10 % des adultes.

La part de personnes sévèrement gênées est bien plus faible, inférieure à 1 % des adultes. Le retentissement va de l’agacement léger à des troubles du sommeil, de la concentration, voire à de l’anxiété ou une dépression, qui peuvent à leur tour rendre le bruit plus pénible.

Quand faut-il consulter et que comprend le bilan ?

Il faut consulter sans attendre devant un acouphène accompagné de signes neurologiques (troubles de l’équilibre, de la vision, de la parole ou de la déglutition), d’un vertige, d’une baisse brutale de l’audition ou apparu après un choc à la tête, et rapidement dans les autres cas où il est récent, pulsatile ou localisé d’un seul côté. Des signes évoquant un accident vasculaire cérébral relèvent des urgences. En dehors de ces situations, un acouphène persistant ou gênant justifie une consultation avec le médecin traitant, qui peut orienter vers un ORL.

Le bilan se déroule en plusieurs temps :

  1. une première consultation, en général chez le médecin généraliste, pour retracer l’apparition de l’acouphène et le contexte médical, psychologique et sonore ;
  2. un examen clinique qui recherche des signes de gravité neurologiques, vasculaires ou de l’oreille, précise le côté et la tonalité du bruit, et mesure le retentissement, par exemple avec le questionnaire THI ;
  3. une audiométrie tonale chez l’ORL, point central du bilan, complétée au besoin par une audiométrie vocale ;
  4. une IRM des conduits auditifs internes lorsque l’acouphène est unilatéral, pulsatile, ou associé à une surdité asymétrique ou à des troubles fluctuants ;
  5. une consultation de synthèse pour expliquer les résultats et choisir avec la personne les options de prise en charge.

L’audiogramme, ce graphique qui note le plus faible volume entendu à chaque fréquence, sert ici à repérer une perte d’audition parfois ignorée de la personne elle-même.

Que propose-t-on pour vivre avec un acouphène ?

Il n’existe pas de traitement qui supprime l’acouphène chronique ; la prise en charge vise à en réduire le retentissement, et elle est décidée avec un professionnel de santé. Elle se veut personnalisée, coordonnée par le médecin généraliste ou l’ORL, et pluridisciplinaire : médecins, psychologues, audioprothésistes.

ApprochePlace dans les recommandations de juillet 2026
Thérapie cognitivo-comportementaleSeule approche psychologique ayant montré une efficacité spécifique ; privilégiée en consultation plutôt qu’en version numérique
Acceptation et pleine consciencePeuvent aider à réduire la détresse, surtout si la gêne est faible
Aide auditiveThérapie sonore de référence en cas de surdité associée ; période d’essai de deux mois
Enrichissement sonoreEnvisagé si l’audition est normale et la gêne modérée, avec d’autres prises en charge
Implant cochléaireRéservé à certaines surdités sévères ou profondes, après avis ORL

Corriger une perte d’audition avec un appareil soulage environ la moitié des personnes concernées. Il est aussi recommandé de ne pas fuir le bruit tout en se protégeant des expositions fortes, et d’orienter tôt vers des associations de patients, qui informent et mettent en garde contre les pratiques sans preuve.

Questions fréquentes

Existe-t-il un médicament contre les acouphènes ?

Les preuves sont jugées insuffisantes pour les médicaments proposés spécifiquement contre l’acouphène, comme pour les compléments alimentaires. Des traitements peuvent en revanche être prescrits pour l’anxiété, la dépression ou les troubles du sommeil associés, sur décision médicale.

L’acupuncture, le laser ou la stimulation cérébrale sont-ils recommandés ?

Non, pas pour l’acouphène lui-même : ni le laser, ni l’acupuncture, ni la neuromodulation (stimulation magnétique ou électrique) ne sont recommandés, faute de preuves suffisantes d’efficacité et de sécurité. Sophrologie, hypnose et neurofeedback ne sont pas recommandés de façon systématique, mais peuvent aider à gérer le stress ou le sommeil.

Un acouphène dans une seule oreille est-il plus inquiétant ?

Il justifie un avis médical rapide, et une IRM des conduits auditifs internes est prévue dans le bilan. Dans la plupart des cas, l’examen ne retrouve pas de cause grave, mais seul le bilan permet de le dire.

Comment limiter les risques pour ses oreilles ?

Il s’agit surtout de se protéger du bruit : volume raisonnable au casque, bouchons d’oreilles en concert. Les cotons-tiges sont déconseillés, car ils peuvent enfoncer le cérumen, et il est utile de demander à son médecin ou à son pharmacien quels médicaments sont toxiques pour l’oreille. Aucun traitement ne doit être arrêté sans avis médical.

Les acouphènes sont-ils toujours liés à une perte d’audition ?

Non. Environ 80 % des personnes avec acouphènes ont une perte d’audition, ce qui en laisse près d’une sur cinq sans baisse mesurée. Le bilan prévoit d’ailleurs de chercher une « surdité cachée », que l’audiogramme habituel ne montre pas toujours, en testant des fréquences plus aiguës avant 60 ans.

Sources

Sources consultées le 24 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Haute Autorité de santé, « Acouphènes invalidants : des clés pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des adultes », has-sante.fr, 16 juillet 2026. https://www.has-sante.fr/jcms/p_4196187/fr/acouphenes-invalidants-des-cles-pour-ameliorer-le-diagnostic-et-la-prise-en-charge-des-adultes
  • Haute Autorité de santé, « Acouphènes invalidants chez l’adulte : diagnostic et prise en charge », recommandations de bonne pratique, 2026. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-07/dir6/acouphenes_recommandations.pdf
  • Inserm, « Acouphènes », dossier d’information. https://www.inserm.fr/dossier/acouphenes/
  • Vidal, « Quelles sont les causes des bourdonnements d’oreille ? », mise à jour du 22 janvier 2026. https://www.vidal.fr/maladies/nez-gorge-oreilles/acouphenes-bourdonnements-oreille/causes.html
  • Manuel MSD, « Tintement ou bourdonnement d’oreille », version grand public, janvier 2025. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-du-nez,-de-la-gorge-et-de-l%E2%80%99oreille/sympt%C3%B4mes-des-maladies-de-l%E2%80%99oreille/tintement-ou-bourdonnement-d%E2%80%99oreille

Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un ORL ou d’un audioprothésiste. En cas d’urgence : le 15 ou le 112 (le 114 par SMS, visio ou tchat).